Criquité et radité – pour une criquité critique de la rade {polémique de la fin de la terre}

L’influence grandissante du courant raditaire dans les différents domaines de l’intelligentsia française, nous pousse aujourd’hui à lever le voile sur l’infamie d’une telle position et sur le présupposé dangereux sur laquelle elle repose. Nous avons conscience de la résonance qu’aura le présent article dans la communauté scientifique et intellectuelle, nous avons conscience de la radicalité de notre démarche et de son pendant nécessairement révolutionnaire, nous avons conscience de l’hostilité à laquelle devra se confronter notre criqtique, mais nous ne pouvons rester cloîtrer dans le silence lorsqu’au jour où nous écrivons ces lignes s’insinuent en toute matière l’idéologie radicaditaire[i]. Nous entreprenons aujourd’hui cette démarche afin de briser les chaînes dogmatique auxquelles les pontes de la radité française ont tous, sans exception, attachés leur pensée. Nous voulons préserver la grande créativité conceptuelle française des griffes voraces de cette conception rétrograde, faussement océanique, avidement universaliste, qu’est la radité dans son expression la plus pure. Cette entreprise de démembrement de la radité est rendue éminemment difficile par l’ancrage déjà très fort du courant raditaire dans les grands centres de recherche français – pensons à la création toute récente de la chaire de radicologie comparée au Collège de France – et européen – nous faisons ici référence à le Radium Institut of London, dont le rayonnement permettra dans quelque années de faire entrer la radité sur le Nouveau Continent.  C’est dans cette mesure précise où le radium raditaire plonge ses pernicieuses racines dans les profondeurs schizophrénique de la vieille culture européenne, qu’il nous faut amorcer par le présent article l’idée générale d’un programme global de criticologie de la radité. Pour se faire, et parce que l’Histoire nous enseigne qu’une idéologie ne meurt jamais sans la force d’un idéal, nous voudrions poser face et en deçà de la radité la notion émergente et encore méconnue de criquité. Nous voudrions rendre compte des risques de la radité en témoignant, en creux, des possibilités offertes par une pensée de la criquité qui prendrait le risque de s’engager totalement au monde. Nous imaginons la stupeur grandissante qu’entrainera l’expansion dans les sphères intellectuelles de la conception criquologiste et nous savons déjà que nous devrons affronter l’incompréhension, la consternation et la violence idéologique. Mais, c’est parce que nous connaissons la ferveur des pionniers qui nous ont précédés, que nous avons et aurons le courage de continuer, encore et encore, la lutte pour la reconnaissance de la Crique, comme forme pure de la pensée océanique occidentale.

Pour une courte histoire de la radité

Nous ne voulons pas nous étendre sur une hypothétique histoire de la radité. La question de savoir s’il est même possible de faire l’histoire d’une notion aussi artificiellement construite reste ouverte. Plusieurs tendances raditaires semblent toutefois émerger autour de différentes figures trouble de l’intelligentsia allemande des années 30, tendance qui se disputeront quelque temps avant de se recouper sur ce que nous connaissons aujourd’hui de la radité. L’histoire de la radité est donc, d’un point de vu stricte, relativement courte et ne connait, au final, qu’une ampleur d’un petit siècle.

Ce qu’il faut comprendre en réalité, et d’un point de vu plus profond, de l’histoire de la radité, c’est que c’est une histoire construite, une mythologie édifiée sur les cartons pâtes de la pensée extrême occidentale, une archéologie factice où les fossiles ne sont que des coquilles de noix crachés de la gorge sèche d’idéologue allemand – de Bavière orientale précisément – à la fin du XVIIIe siècle. Les divagations métaphysico-historique des penseurs de la radité leur permirent de construire un théâtre de fantôme où l’océanique clarté de la rade brestoise pouvait se perdre entre les voiles redoublées des rideaux du temps. Anastagore Aschmit pouvait ainsi écrire, de sa fabrique de saucisse en chocolat Est-munichoise :

Le Radium est l’exponentialité de la littoralité indexé au quantième de la valeur historique des rades universelles[ii]

C’est donc, comme il est clairement identifiable ici, une sombre idéologie historicisante qui est en jeu dans l’idéologie raditaire. Le panthéisme mystico-historique des radicologues fonctionnent dans la mesure où ils ne puisent la légitimation de leur extravagante réflexion que dans des références qu’ils ont eux-mêmes construites au fil de leur farce. C’est un rapport proprement schizophrénique qu’entretient la radité avec l’Histoire ; oubliant que les bases sur lesquelles elle veut s’appuyer son celle qu’elle a elle-même édifié.

Il est donc important d’entrer en radité ; comme on entre en méditation, avec une claire conscience du fait que le Radium n’a pas d’histoire, que « la rade est sans pourquoi ». Il est absolument impossible d’écrire l’Histoire de la rade, pour la simple est bonne raison que la rade est une étendue informée et donc interminé ; cette intermination substantielle de la rade l’empêchant de se poser sur le socle du temps, il n’est pas envisageable d’accroître au-delà du cercle indéfini de son lieu – locus radius limitur – la puissance formelle de son eau, et de là, il n’est pas possible d’en écrire son Histoire, mais simplement d’en décrire sa ruine.

Manifeste de la crique : le mouvement vers l’assomme

La rade et la baie – fondement d’un rapport sophistique

Vibrante obliquité. Baie aux bielles merveilleuses. Crissement rageur de la vague. Vague étincelle de lune. L’eau restera la même, le sable glissera encor, mais l’hymne lui aura perdu sa voix. Aqueuse tentation de la profondeur. Liminaire imitation du socle. La baie reste fadeur. Reposante dans le lit océanique de sa chose. La rade blesse l’ardeur trouble de la nuit et lance au soleil aveuglée le million d’étoile vilipendée par l’amibe. Demain finira le règne du chaos des algues broutantes. Demain finira l’immensité faussaire des cloisons de la pierre croisée. Aujourd’hui s’entame l’anathème de la baie.[iii]

Derrière l’apparente simplicité du discours, il est chez Solphis – pseudo prosateur du IIe siècle – une méthodologie glacée – comme les marrons de son usine sud-berlinoise – où se lit toute la perversité d’une idéologie de la rade n’existant que dans la pure négation d’un ennemi désigné d’office : la baie.

Ici, la « vibrante obliquité » de la baie s’entend chez Solphis à partir du l’indo-européen bhag signifiant division. La division ! Ennemi commun des radicologue. Impossible anastasie du réel. La division essentielle de la baie – qu’est-ce donc qu’une baie sinon cette subtile division de l’océan et des dunes ? Qu’est-ce donc qu’une baie sinon l’échancrure osée de la robe des rives ? – implique dans l’idéologie raditaire une nécessaire suppression de l’organicité océanique du Tout. Organicité qu’ils pensent pouvoir retrouver dans la rade ; puisque la rade est bien cette « somme sommifiante de la sommifité sommifié des s’hommes »[iv]. Tout est imaginé comme si la rade était la sagesse de la baie, son savoir, sa constitution pleine. « La baie reste fadeur », là où « la rade […] lance au soleil aveuglée le million d’étoile vilipendée par l’amibe » : tout est clair, l’objet est ici de former, à travers une hiérarchisation géographique, la supériorité métaphysico-océanique de la rade sur la baie. Formule mathématico-géographique que Solphis résuma lui-même – dans les faubourgs choucrouteux d’Hannovre – en un mot dont la rude simplicité ne peut en aucunement manière permettre aux commentateurs de négliger son impact dans la radicologie post-contemporaine : « La rade, c’est quand même rudement mieux. ».

La sophistique raditairologique s’édifie à partir d’une vision panthéo-radicaditaire de l’océan. Le géographisme sirupeux du courant raditaire ne trouve de forme acceptable que dans la construction d’un radicalisme de l’ouverture et de l’organicité. La Somme, au bout du compte, cette répétition inaltérable des cumulations surnuméraires, ouvre un paradigme de la rade dont les raditaires auront bien compris la puissance de persuasion. Il est incroyable de voir comme ce logicisme de la Somme traine en tout point de la Pensée extrême occidentale. A ce point de notre développement il nous est nécessaire de nous demander, enfin, et totalement, qui sommes-nous ?

Criquologie criqtique – la rade renversée

Nous sommes crique. Nous sommes ce que nous sommes, c’est-à-dire que nous sommes le lieu de l’assommement des sommes. Autrement dit, nous sommes le renversement de la rade : nous sommes crique, c’est-à-dire kirkja, c’est-à-dire église, le temple, la coupure entre le profane et le sacré, entre le terrestre et l’océanique. Assommer une somme c’est lui sommer de cesser de faire signe, c’est l’éveiller de son sommeil, c’est l’induire dans la sommitude de sa négation. Assommer une somme c’est assoner une nonne contre les portes de son cloître.

La criquoligie se propose dans ce cadre d’établir un programme de criqtique des formes structurante de la rade et d’en examiner tout à la fois les limites et les possibles richesses théoriques. La littérologie de la Crique se veut une étude profonde des conditions géographique au sein de laquelle peut évoluer l’historiographie criqtique.  Nous ne serions nous prémunir du crac de la crique sans accroître notre chronologie critique des tendances idéolo-océanique. Il faudra donc, programmatiquement, s’entendre sur les enjeux d’une reconstruction des mythes fondationnel de notre Histoire commune, et ceci au travers d’un réinvestissement de la force criqtale dans les élites scientifiques françaises.

Manifeste criqtique – Debout ! La Critqiblique !

Aujourd’hui nous prenons note de la nouvelle force que sera dans les débats des prochaines années le mouvement criqtique. Aujourd’hui nous prenons acte de la puissance du criqtisme et de l’appauvrissement communiquant de la radité. Aujourd’hui nous vibrons à l’annonce prochaine du Critiqiblique respectueuse de la véritable place que doit prendre la Crique dans les débats politique, sociaux, métaphysique en France et en Europe. Nous savons que le chemin sera long avec que notre reconnaissance soit pleine et entière. Nous savons que nous nous sommes, sommé, sommation, somnifère sans solution, jeté dans un long et difficile chemin. L’œuvre criqtique que nous voudrions amorcer par le présent manifeste ne se présente en rien à la manière de ce qui a pu être jusque-là édifié ; nous ne pensons pas la Crique comme le paradigme fondamental d’une pensée du Monde, nous pensons le Monde comme le développement possible de la pensée de la Crique. Nous demandons donc, officiellement, solennellement, profondément, à tous ceux à qui il est encore possible de le faire, à tous ceux qui pensent encore que la vie à un sens, à tous ceux enfin qui hésite et voudra essayer, nous leur demandons d’oser la Crique, d’avoir la Crique !

Croire que nous serons nombreux serait une erreur. Croire que nous serons forts sera se méprendre. Croire que nous aurons des idées serait ridicule. Croire que nous apportons quelque chose de nouveau serait hérétique. Croire que nous schismons sera le seul horizon de notre agir.

                                                                                                          L. A.


[i] Selon l’expression d’Arnold Francis Edgson dans son ouvrage Radicaditaire radité – anatomie de rade en post-modernité.

[ii] Il est important de noter ici, pour l’intelligibilité de notre développement, qu’il nous a été nécessaire de traduire nous même les pensées d’Aschmit puisque l’omerta raditaire empêche aujourd’hui toute traduction non-officielle des écrits de l’idéologue. Nous avons cependant suivi une LV2 allemand jusqu’en seconde qui nous permet d’affronter, dans le texte, les inconséquences bavaroise du radicologue.

[iii] Epître de l’Ecume, Solphis, III – 25.

[iv] Usting Bach, 1979

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