Carnet #2 – Hervé Hément

« Gangue de lumineuse de bois éclaté ; le matin se repose sur le bord délavé du chevet et un espace immense de clarté furieuse ouvre dans la pièce un gouffre. J’imagine que je devrais ouvrir la fenêtre. Mon corps ne bouge pas et laisse s’étendre les ombres roses sur le mur penché. J’imagine que je devrais écrire quelque chose : mon nom sur un carnet de route, une date en haut du plateau blanc, une signature en bas et rien. Pour l’instant, l’humeur de l’air est difficile à saisir. Il y a de la poussière qui vole de la fenêtre à la porte. Le rideau exhale une étrange respiration de grain lumineux. La pièce-voie-lactée étend son bras d’or d’ici à là. Peut-être suis-je l’ailleurs de ces étoiles ? Je devrais laisser tomber ma poésie douteuse et attendre d’être recouvert par la brume poussiéreuse du matin. Le phosphore n’a pas besoin de moi pour être beau. Pour l’instant, je ne bouge pas. Le sommeil trouble encore ma vieille, l’inconscience fane lentement contre mes yeux déclos. Je crois que je pourrais rester ainsi des heures et des heures. J’espérerais en silence que cela ne s’arrête pas. Je vivrais sur le fil tendu de cette chute de poussière. Il fait noir. De grands couloirs obscurs parcourent devant nous. Il fait noir et nous ne pouvons que sentir la présence délassée de ce réseau sans lumière. De loin en loin des chocs liquides ou calcaires, des bruits de pierres tombées, étouffées par l’eau, nous viennent. Nos pas en avançant glissent un peu dans une vase impossible à distinguer. L’obscurité est verte ; luminescente, aqueuse. On croit, à certain moment, sentir un vent étrange contre nos peaux noyées sous le poids de la terre. Chercher quelque chose. Avancer dans l’eau froide. Nous avons l’espoir insensé d’une échappée prochaine : les tuyaux, les galeries, conduisent à une grande fausse de lumière. Une béance dans la croute du monde tombe à un endroit et conjoint l’en-dessous et l’au-dessus et plonge, infiniment, vers le haut et le bas. Nous marchons. »

Cet article a été publié dans Prose. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s