Insomnie #5

Un rideau froid et rouge tombe sur mes épaules.

Une lourde étoffe sanglée à ma pupille. Un voile qui couvre cette faim, immense et souveraine, qui est massée dans mes viscères. Dehors, c’est l’aube heureuse et vacillante, l’aube agitée et béante comme une fosse. Dehors, c’est un grand corps d’ombres affamées, un grand visage presque mort, renversé sur le dos, qui regarde le monde. Dehors c’est une chair creusée de sillon, de rides, de blessures. Il s’agirait de soulever ce masque tordu contre ma face blême, de prendre avec moi, contre moi, l’ivresse de ce ventre vide qui m’ouvre en deux, comme une plaie. Il s’agirait d’ouvrir les yeux et de chercher dans les coins de la rue, dans les bordures de pierre où la lumière s’arrête, où les flaques sont tranchées, quelque chose comme un clos, une retraite, un refuge. Mais, sur mes épaules j’ai ce rideau, cette masse suppurante et brûlée, j’ai cette faim étrangère qui m’écrase et me tords, cette tranchée au cœur de mon corps et je ne puis bouger. Immobile, mon pied posé entre la scène et le vide, mon point de vue unique est le corps élancé de ceux qui ne me regardent pas. Cela crépite et l’on sent sur les peaux tendues la chaleur du foyer. Consumé lentement, mon estomac m’enserre dans son cloître putride et je fouille, fébrile, ces parois rouges où ma liberté est tombée.

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