Manifeste pour le rassemblement des hoïsseurs du monde [MRHM]

(…) Oh la douleur ! Oh la rage ! Oh l’effroi ! Oh tout ce qu’il faut hoïr ! Oh la Picardie ! Oh la Normandie ! Oh la Franche-Comté et le fromage de chèvre ! Oh ! Oh, certes, tu as compté pour moi, mon amie, mais maintenant je ne suis qu’une grande et large plaie qui hoïra le monde jusqu’à disparaître ! Oh la colère ! Oh le mensonge ! Oh la vilénie ! Oh à toi aussi ! Oh à l’étranger ! Oh à celui qui marche sur les plages délaissées et qui meurt avec la brume ! Hoïr ! Hoïr et mourir, et vivre encore un peu, et subir sans broncher le grand chamboulement, le grand déménagement des amours et des horreurs ! Hoïr jusqu’à plus soif, jusqu’à sentir dans sa gorge l’appel de l’eau, jusqu’à chercher dans les marées, dans les fougères liquides des nuits de tempêtes, comme un fauve perdu dans sa montagne, chercher quelque chose qui se boive, que l’on puisse faire couler dans soi, afin de briser la flamme énorme de l’hoïssance terrible ! Oh la vie et les passantes atroces ! Oh la rue qui fait silence et celle qui clame encore ! Hoïr et détester universellement l’ensemble de ceux qui n’hoïssent pas encore ! Or hoïr n’est pas un choix et à l’ire je condamne tous ceux qui échappent à la sanguine épreuve du vertige de la haine ! Oh le communisme ! Oh le boudhisme ! Oh le capitalisme ! Oh l’ésotérisme ! Oh tous les isthmes mêmes et leurs bras pendus entre les mers salées ! Hoïr est mon Grand Œuvre, mon alchimie facile ! J’hoïr d’or le bois flottés comme les bombes ! J’hoïr en diamant les marches du palais ou les combes des ponts ! J’hoïr philosophique les saphirs des mines ! J’hoïr et je duplique à l’envie les hoïssances bacchiques ! Oh le creuset des tanières où gisent les demi-morts ! Oh les hérissons ! Oh les citronniers ! Oh les madeleines et les grands parfumiers ! Hoïr ! Hoïr comme une senteur de sous-bois au matin ! Hoïr comme une aurore dont la rougeur soulèverait le ciel ! Oh toi aussi ! Oh ! Oh mon amour unique portée à ce regard ! Oh mon cœur ployé sous les murs oins de chaux ! Oh à cette blancheur rentrée dans mes pupilles ! Oh ma passion vaine ! Oh mon désir froid ! Oh ma mort prochaine et ma tombe que je vois ! Oh la croix de béton au milieu des bretonnades ! Oh les promeneurs et les camélias ! Oh les géraniums et les filets de cuivres posés sur les lilas ! Oh l’étrange peine et le cœur de Chimène ! Oh les secours, les deus ex machina ! Hoïssons les grands voiles et posons sur la terre une chape d’hoënne grasse et sans recours ! Hoïssons mes amis jusqu’à perdre l’hoënne même et dans l’horizon loin, à l’Hoïr suprême, bénissons tous les coins !

Cet article a été publié dans Délirium. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s