Fragment #4

[…] Il manque quelque chose à la nuit. Deux heures. Heure coupable du fils. Les autres dorment maintenant et il est seul avec sa tristesse, sa haine et son ressentiment. Dans la chambre, une graisse noire se confond avec le soir et teinte tout : les murs, le lit, les bords de la fenêtre. Une pièce de suif et de cendre où il dormira peut être tout à l’heure. Mais, il manque encore quelque chose et il ne peut s’assoupir tant que sa mémoire est pleine du visage de l’homme qu’il a vu passer, quelques instants plus tôt, dans la rue. C’était son père peut-être, ou bien un homme qui avait une allure et des traits identiques. Qu’importe d’ailleurs s’il s’agissait bien de lui : le passant a réveillé la rancœur et l’attente. Le fils veut revoir son père monter les marches de l’escalier, il veut entendre grincer le bois, il veut agiter sa colère et sa violence, jeter son regard sur la face nue de cet homme qu’il déteste, qu’il ne connait pas, qui est passé dans sa rue. […]

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