L’Eté

Il y a plein de moments donnés qu’il faudrait rendre aux ombres, vois-tu, des grisailles, des choses vagues et tâchées. Quoi faire ? La nouvelle idée en vogue c’est l’été ; déjà la terre est brûlante, il y a de la tristesse et des fleurs. Moi, ce que je regarde m’épuise, je suis fatigué. Prendre avec soi l’écorce sombre que l’on appelle la nuit ? L’idée même des lumières peine à percer ma fenêtre. Il y a des vitres où sèche le fleuve entier ; lui qu’on ne connait que par fantômes, lui  dont l’écume se dépose sur ses yeux, et elles, les vitres, sont aussi des moments données, elles ont quelque chose à dire ou à laisser penser. La peur, sais-tu, c’est juste l’idée que sortir c’est se laisser voir, se laisser découper par morceau d’image et risquer d’en donner trop, de ne plus rien avoir, de revenir chez soi sans visage, juste blanc, juste comme une mémoire nue, un je-ne-sais-quoi de cendre. Parfois, l’on pourrait imaginer que l’on tient entre ses bras la vie, mais très vite, étreindre la vie nous paraît absurde, on a du faux-semblant sur les lèvres et tout paraît n’avoir qu’un nom. Encore un moment donné. Je ne peux pas juste faire sécher le monde entre deux pages jaunies et les villes ont une manière de mourir qui ne convient pas. L’été finit toujours par venir.

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