Moussologie – Introduction [1]

« La moussologie est le nom que nous donnons à l’étude des choses en tant qu’elles sont mousseuses ou en tant qu’elles moussifient. Une chose se dit mousseuse lorsqu’elle a, dans sa nature de chose, un certain degré d’évaporation ou de diffusion à ses extrémités. De fait, toute chose, en tant qu’elle est, finit aussi par ne plus être, et se faisant développe à sa marge une frontière entre ce qui est et ce qui n’est pas ou les deux dimensions ontologique de l’être et du non-être se confondent en une mousse insaisissable, indéfinissable et mouvante. Ainsi, la moussologie est l’étude ou la tentative d’étude de ce moment fragile de disparition ou d’apparition de la chose dans le monde et cherche à préciser le lieu et le temps où la chose commence et où elle se termine. Par ailleurs, la moussologie veut porter un regard neuf sur la qualité moussifiante de certaine chose qui peuvent par qualités propres rendre moussiques certains éléments du monde. L’enjeu ultime de la moussologie est donc de faire le discours de ce qui ne se dit presque pas, voir de faire le presque pas de ce qui ne se dit.

La moussologie part du constat qu’une chose ne peut jamais être entièrement et n’existe que comme écume-de-soi. L’erreur de la métaphysique fut de considérer qu’il existait une univocité du concept d’être et de penser toute enquête sur le monde à partir d’une telle univocité. La moussologie fait le constat que l’univocité en question ne peut être que potentielle. Ainsi, toute ontologie doit, en toute honnêteté, accepter une certaine forme de défaite. Les choses ne sont jamais que des êtres-en-déroute. La mousse offre un modèle d’intelligibilité de la défaite des choses : considérée comme processus d’altération et de néantisation de tout étant en tant qu’il mousse, la moussification rend admissible l’idée d’une chose qui n’existe qu’en se défaisant, qui n’est que dans sa faillite.

À terme, la moussologie pas autre chose que la redéfinition de la notion d’existence. Le terme d’existence, dépouillé de son maquillage métaphysique, sera identifié à ce que nous nommerons pour l’instant, et pour la clarté de notre analyse, moussistence. Si des éléments tel que la mousse-du-bain ou la mousse-à-raser, ou encore la mousse-du-chêne, offre un aperçu de ce que signifie moussister, il semble que toute chose en tant qu’elle apparaît à une conscience ne se manifeste phénoménologiquement qu’à l’état moussique. La moussologie développe donc une ambition à la fois ontologique et existentielle et doit permettre, dans ses développements prochains, de penser le monde dans toutes ses dimensions.

Il est nécessaire ici de préciser qu’en aucune manière notre Moussologie ne reprendra les conclusions apportées par le très important mouvement de la vapeurologie. En effet, là où la vapeurologie considère que toute chose n’est qu’en tant que vapeur, nous considérons nous la mousse comme modèle absolu. La différence fondamentale viendra du finalisme vapeurologique que nous nions radicalement avec notre moussologie. La vapeurologie considère l’être dans sa diffusion spatio-temporelle et considère une matrice originelle à la vapeur de toute chose. De ce point de vue, la vapeurologie n’est qu’un dérivé de l’ontologie classique puisqu’elle admet comme principe l’existence d’un être-de-la-vapeur pensée comme cause première de la vapeur des choses : il n’y a ici rien d’autre que vaporisation de l’être et non pas une redéfinition de l’être même. »

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