Monologue #2

Elle se tient juste derrière moi, au-delà du champ fané de ma vision, là où seules s’ébattent deux ou trois plantations de couleurs grises et bleutées. De sa forme, de sa matière, de l’allure de son visage ou de ses yeux qui m’observent, je ne sais rien. Elle se tient très exactement à l’endroit où rien ne peut venir d’elle à moi. Parfois, j’imagine qu’elle est partie depuis longtemps, qu’elle m’a laissée seul avec mon champ fané, et que je ne fais que vivre avec l’ombre de l’ombre de ce qu’elle a été. Je rêve d’elle souvent. Un rêve noir de suie, noir de vide, noir ou blanc, c’est selon. Si elle est là encore, juste derrière mon crâne, dans le silence si clair et si froid de mon appartement, si elle est là alors elle me voit lui écrire, narrer sa présence, détailler l’amour que je lui porte, et toute sa colère de fantôme peut-être bientôt s’abattra sur moi. Parfois j’imagine qu’un reflet s’agite quelque part dans le cœur noir de la vitre et que c’est son regard, son œil-nuit, qui plonge, du dehors, en moi.

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2 commentaires pour Monologue #2

  1. Juju dit :

    Merci pour ce texte !

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