Monologue #4

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« L’horloge de la chambre d’hiver s’est tue et c’est la pièce entière qui a cessée de vivre. Au centre, le lit, comme un grand visage clos, accueille des ombres lascives ou lassées qui s’épanchent sur les draps. Je m’y rends parfois. Je tire ma peau sur d’autre peau que moi, comme un rideau tendu sur des fenêtres closes. J’empêche la lumière de rentrer. Là-bas, je me sens plein de tout ce que mes doigts ont fait fuir, j’engouffre mes lèvres dans ce qu’il reste d’été et je bois. Je bois des visages qui ne me disent rien, que je ne reconnais pas, je bois la clarté bleutée de vieilles heures, et j’attends. Parfois, je crois sentir la nuit déchirée par des mains qui ne sont pas les tiennes et alors partout, sur les plafonds, sur les murs, de toi il reste des traces, des empreintes que je dénombre, que je liste, que je classe, comme des ruines dont il faudrait faire le compte et qu’on embrasserait. »

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