Mythologie #1

541c2cba2baa81_18_-saul-leiter-courtesy-howard-greenberg-gallery-new-york-steidl

Il te faudra finalement revenir sur tes mythologies, ôter du ciel ce que tu as mis en lui, -nommer les étoiles, -placer les comètes et les constellations. Il te faudra perdre le souvenir heureux que tu gardais de ton premier regard dans la nuit, parce qu’il ne peut y avoir de naissance pour celui qui possède une mémoire. Il te faudra rendre nu le monde, déterrer des ombres l’ombre de visages déjà-vus, parce qu’il ne peut y avoir de naissance pour celui qui ne rencontre plus rien.  Il te faudra enfin te perdre toi-même dans les songes, te plonger dans un sommeil si profond qu’il te paraîtrait aujourd’hui sans retour, parce que celui qui ne s’égare pas ne peut en lui rien trouver de nouveau. Tu dois te dévêtir de ces multiples peux qui t’encombrent et font de toi un fantôme, te rendre aussi peu dense que la brume ou que son souvenir et toutes les choses doivent t’apparaitre vagues, incertaines, comme observées depuis un autre rivage. Une fois que tu te seras rendu pareil au vide, pareil à une béance, une fois qu’on ne pourra plus rien dire à ton propos parce que tu ne laisseras sur le monde aucune trace tangible, il te faudra revenir à nous, donner de nouveaux un nom aux étoiles, tracer une fois de plus dans le ciel des images et faire de la nuit ton refuge plutôt que ta prison.

Cet article a été publié dans Projet, Prose. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s