Fragment 8 – Le Rire

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« […] et tout ce que je perdais à écrire et qui ne se rattrapait pas ; et cette angoisse plus grande que moi, cette noirceur immense plus noire que la nuit même et où je voulais plonger. Fallait-il donc toujours rire ? Opposer à mes sentiments la joie fausse, la joie jouée, l’heureuse joie d’un rire franc ? J’étais toujours comme derrière moi, spectateur, et mon corps se mouvait étrangement dans l’espace, n’était tenu par rien ; vide comme le sont les pantins. J’avais ce rire monstrueux, tonitruant et menteur et je pensais : « cache-toi dans le silence, cache-toi dans le silence; parle ! parle ! parle ! ne te tais jamais, ne laisse rien sortir » ; je dressais autour de moi les frontières d’un empire au centre duquel je siégeais. Il était ma solitude, ma peur et mon absurdité. Parfois, j’essayais d’éviter la nuit, mais je ne le pouvais pas ; quelque chose en moi refusait d’être montré, donné en offrande aux soleils. Sous mon rire couvait un secret et s’il fallait donner le change, répondre au monde pour m’y dissimuler, tout, dans ce rire, était gangrené de tristesse. Depuis, je me méfie des rieurs, ou plutôt je les soupçonne et je ne peux entendre un rire sans avoir, en même temps, l’impression d’y reconnaître ma mélancolie. »

Hervé Hément, L’arrière-monde, **49

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