Monologue #6 – Scène d’ouverture – L’Ecrivain

anonyme-ecrivain

« Et si l’art est d’abord une question de respiration. Que vas-tu faire, toi qui a le souffle coupé ? Je te vois encore, idiot dans la brume, marchant sous je-ne-sais-quelle lumière en rêvant. Tu sais pourtant qu’il n’y a rien à chercher dans la nuit, quelle n’est qu’un leurre pour les âmes exsangues et que tu n’écriras, à ton retour, que les mêmes foutaises que les milliers d’autres, comme toi, qui peuplent les rues aux heures sombres où ils pensent pouvoir découvrir quelque chose de nouveau. Il n’y a rien de nouveau. Arrête de penser que tu découvriras dans la pierre usée d’une église, dans la lourdeur humide d’un platane ou dans une autre de tes fantasmagories urbaines quelque chose à écrire. Il n’y a rien. L’art, mon vieux, c’est une question de respiration. Si je dois être plus précis, parce que je vois à ta tête que les choses ne sont pas claires, ce n’est pas être inspiré qu’il faut chercher à être ; écrire ce n’est pas prendre son souffle, écrire c’est le rendre. Alors, tu es bien mignon avec ton air pénétré d’artiste maudit, mais tu ne feras croire à personne que tu as quelque chose à dire. La vie gagne toujours sur la pensée et tu dois comprendre qu’écrire est toujours une perte de temps. Maintenant, reste là et tais-toi, surtout ne parle pas, je vais revenir. En m’attendant, tache de prendre le silence au sérieux. »

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