Les noyées

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Je voulais hier trier ma nuit et mes noyées.
J’avais cessé de rire depuis longtemps et tu marchais
loin au-devant de moi, souviens t’en, la nuit blême,
le néant, l’œil blanc du ciel sur les toits.
Et toi engloutissant la nuit entière, ta langue
brûlée aux lumières, tes lèvres soudées aux portes.
Tu parlais, mais de là où j’étais je n’entendais
qu’un monstrueux murmure et
derrière les murs s’amassait nos ombres,
puis d’autres ombres plus anciennes.
Si bien que ton visage avait perdu ses traits,
si bien qu’à l’aube venue je ne savais rien de toi,
étrangère, tes yeux n’existaient pas, pour personne,
et de si loin qu’ils venaient ne subsistaient
d’eux qu’une image. Si bien qu’à ta nuit même
je n’avais rien à dire, si bien que dans ta nuit
je devais me taire, ta nuque à la fin de ma parole,
ton corps là où je perdais la vue, toi entière
habitant comme on s’égare une nuit vieille
de trop de mots, peuplées de noms brutaux
répétés sur ton passage – serments, outrages,
promesses, mirages – ; toi noyée,
trop loin pour te voir,
trop loin pour te suivre
au seuil de ta nuit tombée.

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