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20170416_150644 (2)

le faire sans faire-semblant

herbes, arbres, ciel, maisons,

voitures, champs, herbes,

arbres, ciel, maisons, voitures,

champs, maisons, champs,

arbres, arbre, ciel, grillage vert,

ciel, voitures ;

toutes les choses sont du

faire-semblant

nommer c’est faire-semblant

il n’y a ni objet ni chose :

 tout fait-semblant

je veux faire sans faire-semblant

« je. » déjà c’est trop dire

« je. » fait semblant

un homme de l’autre côté de la fenêtre

à la bouche cachée par sa main

et sa tête reposée sur le verre de la boite où il s’est assis

pour attendre le train

le contrôleur est un homme d’une cinquantaine d’année

qui ouvre les portes avec une clef

en souriant parce que la porte s’ouvre

le siège mauve en face est vide

ou plein de quelque chose que l’on ne peut voir

de ces choses si pleines qu’elles ne se laissent pas

regarder

que faut-il faire sans faire semblant ?

tuer l’oiseau et le faire taire

bannir le cœur pour les artères

comment faire alors que « je. » ne voit ni champs, ni maisons, ni arbres

ni ciels, ni voitures, ni grillages verts

mais du monde ?

voulant ne pas mentir

des mots viennent à me remplir

de colère

la pensée heurtée au mur de la pensée

horizon chante comme un mort

ma poésie de cadavre s’y trouve

entière

aimer a brûlé l’espace blanc

qui se forme entre les mots

« je. » ne peux aimer

le « cours de l’expérience a chuté »

faire sans faire-semblant

vivre sans

pourtant le mensonge est ce qu’il reste

après mon angoisse

et tout ce que « je. » déplace

c’est vivre

les compartiments sont séparés les uns des autres

par une porte qui se ferme en soufflant

Morlaix a deux quais

où attendent ceux qui vont partir

j’ai cru qu’il fallait faire-semblant toujours

Platon a tort et la vérité est dans la mer

Platon haïssait l’Atlantique gorgé de matière

la langue devait pour lui servir de prière

rationnelle, objective, formelle

pour son âme

je n’ai pas d’âme je fais semblant

la langue est un échec rien d’autre

les assertions sont fausses

l’objet est une métaphysique

le poème un mensonge

les poètes ne sont pas des apôtres

aucun mouvement aucun groupe aucune passions

communes

la solitude même n’existe qu’aléatoirement

l’on n’est seul que d’une certaine manière

faire-semblant n’est qu’une certaine manière

le rossignol ne peut mourir il joue

le lyrisme ne peut faire erreur il triche

tout a été épuisé avant d’avoir été

épuisé même s’épuise

« issue de secours » fait sur la tablette une ombre

qui se déplace de haut en bas puis

revient brusquement sur moi

sur moi

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