Sommeil

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Il existe un sommeil qui n’est pas un sommeil. Un sommeil qui n’est ni pour la nuit ni pour le jour et où l’on n’existe qu’à moitié ou en plusieurs fois. Un sommeil où l’on ne dort pas mais où l’on s’enfonce, où l’on jette toutes ses angoisses sincères sur des murs qui n’existent plus, où notre bouche se retourne sur elle-même pour nous dévorer du dehors, comme si nous n’étions qu’un œil rond ouvert sur l’intérieur des choses. Nous pouvons y suivre de longues pistes blanches qui ne sont belles que d’avoir été mangées, mâchées, broyées par les noirceurs humides de nos rêves. Nous pouvons y voir nos mensonges et nos tricheries veiller à notre place et ce que nous prenons dans nos mains, dans ce sommeil qui n’en est pas un, a toujours l’air de folie et de vertige qu’auraient toutes les choses si nous savions le voir. Nous ne pouvons en faire le récit, parce que c’est un sommeil d’avant les mots, d’avant le langage, d’avant la lettre ; tout y est impossible et tout y est lourd à porter. Même notre regard y est ralenti, notre œil fixé à la mémoire des choses. Il existe un sommeil auquel nous devrions donner le nom d’épuisement, où tout semble définitivement effrayé et latent, un sommeil qu’on appelle exister.

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