Les soleils

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Des choses très banales me subjuguent et me font regretter le besoin d’écrire. Là, la campagne du centre de la France n’est presque qu’ombres et coteaux brisés, au hasard, par des bosquets rouge sang. Rien n’est plus évident que les soleils couchants et rien n’est plus banal que de le dire. Pourquoi le sentiment d’être exactement à l’endroit où il faut être est si proche, si proche du sentiment que j’ai d’être étranger à ce monde où une telle lumière est non seulement possible, mais quotidienne ? Maintenant la lune paraît dans l’horizon et tout est à la fois justifié et impossible à narrer. Les poncifs n’épuisent pas la fascination et c’est comme si je n’avais rien pour me raccrocher, aucun système de signes, aucune métaphysique toute faite, pour comprendre ce paysage – au sens où comprendre, c’est toujours en quelque sorte, et d’une certaine manière, dévorer, engloutir, embrasser.

Le ciel or-argent du soir, l’été mis à nu par les herbes jaunes des talus, la naïveté radicale de la plaine et de sa beauté, ne sont pas seulement des objets qui me dépassent, mais aussi les témoignages matériels, efficients d’un monde que je n’habite qu’en surface – et habiter en surface c’est ne même pas habiter. Vouloir laisser une trace est une ambition absurde. Considérer que de la signification gît dans les couchers de soleil est une manière artificielle de s’autoriser à vivre dans un monde où des soleils se couchent. Pourtant, je suis bien intranquille parce que je veux – d’un désir physique – écrire sur les couchers de soleil et je le suis d’autant plus qu’autour de moi une foule de visages traversent ce soir sans le voir passer – ce que je ressens comme une sorte de scandale et avec une grande tristesse. Pessoa dans son livre dit qu’au fond devant ce genre de beauté, ne lui vient à la fin qu’un besoin trouble de pleurer. Puisqu’en fait c’est bien d’un désir qu’il s’agit, au fond du sublime repose une souffrance – une frustration – qui donne le droit à des consolations futiles qui peuvent tantôt être l’écriture ou le volet fermé.

Le soleil est passé derrière la plaine. Les champs sont couverts d’une bruine sombre qu’on appelle la nuit. Écrire n’est facile, peut-être, que dans le noir, parce qu’ainsi l’on peut se faire croire qu’écrivant l’on ne ment sur rien.

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