Paris – Brest

20171024_164634 (2)

le bonheur eut la délicatesse de passer sans rien dire devant la vitre de mon compartiment
le saluer aurait été inutile, il ne répond jamais, aussi n’ais-je rien fait et les gens sont partis
sur le quai ils passaient, mes anciens compagnons de voyage
et j’avais sur le visage une odeur étrangère à la mienne

la mer maintenant est loin derrière moi et j’y vais
sous la lune pleuvent des rivets de fer
mais pour dire vrai il n’y a rien qu’un ciel immense plat et noir
ciel de gare illuminé trop tôt pour croire aux mystères

parfois des rames s’accrochent aux rames et la lumière s’éteint
nuit profonde sur mes mains
dans la vitre l’éternité à un visage noir qui sourit
un instant j’habite dans un couloir aveugle déposé je-ne-sais-où

l’on redémarre chahuté par le clapot d’un océan de ballast
une femme dort les cheveux mélangés par son cou
un homme dort l’œil posé sur le siège
une prison passe en tapis de lumière

je dénombre les choses dont je me suis lassé
et qu’il faut ternir de terre

*

plus tard dans la nuit je sors seul du train
tête baissé pour ne pas aimer n’importe qui en passant

de la nuit phosphoré partout sur mes doigts
l’ongle de la mer planté dans mon dos
il faut passer le pont l’aube tourne déjà son visage de ce côté-ci de la terre

les immeubles ont ma pudeur suspendue aux fenêtres
au bas de la rue dort ce qui m’a fait naître

les grues jaunes et le jardin secret

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