L’inventaire (feat Dvorak)

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Une heure et l’inventaire sera fait :

répétons en boucle les quarante-sept premières secondes pour donner à la banalité l’air sauvage d’une révolution – ah l’amour !

bouclons ensemble et la lumière et le mur jaune et les yeux jaunes des monstres que nous avons dans l’estomac – la botte ainsi constituée est si belle et tendre que nous l’embrassons plusieurs fois en rêve avant de la poster.

taillons le blé poussé entre les dents des anciennes conquêtes pour entrainer le fantasme nécessaire aux souvenirs heureux – Dvorak nous pousse parfois à une découpe plus franche, mais c’est un préjudice acceptable.

refaisons plusieurs fois l’itinéraire imaginé dans notre sommeil et que nous avons noté, au couteau, sur le mur de l’appartement – nous penserons plus tard aux finances.

dissimulons secrets, hontes, turpitudes – mots impossibles à prononcer – dans le fond du coffre de notre mère – les séances répétées chez les docteur n’ont rien données.

balayons notre porte des poussières de la veille où nous avons veillé si tard, si tôt en racontant des bêtises que nous avons dissimulés dans un coffre – tout ceci est si peu de chose, si peu de chose.

regardons la mer pour découvrir un moyen de la faire parvenir jusqu’à nous – vivre au centre d’une plaine immense est, de ce point de vue, un désavantage certain (mais nous ne devons pas reculer devant la difficulté).

dénombrons les occasions manquées (nous en comptions huit il y a deux jours) qui sont aujourd’hui au nombre de seize mille trois cent soixante-seize – une bête, ce matin même : il fallait faire deux pas en arrière pour voir un nuage en forme de tête passer devant le soleil et nous ne l’avons pas fait.

lisons les règles que nous n’avons pas encore écrites mais qui ont séchées trop longtemps et qui sont maintenant peintes à droite de notre ventricule – l’anatomie est une chose amère qui nous tue à petit feu.

rangeons les livres que la belle Amélie a éparpillée dans notre chambre un soir de novembre où nous voulions lui dire des choses que nous n’avons pas dites – Sa majesté des mouches trône stupidement sur le rebords de la fenêtre humide et gondole.

défaisons les draps noirs que nous portons en deuil depuis que nous avons assisté à l’aveu qui nous oblige aujourd’hui à l’inventaire – Kant a donc toujours raison comme tous les vieux dingues errant dans les fougères ?

envisageons l’avenir, ce qui est une erreur fatale et grossière, en déplaçant notre lit vers l’automne – l’hiver est achevé depuis longtemps, il fallait juste s’en rendre compte.

saisissons l’occasion qui a les cheveux volant devant ses yeux et derrière sa nuque – comme les scandales de la mécanique des fluides nous font aimer le monde !

considérons l’inventaire clos et concluons : nous nous effarouchons d’absolument rien, craignons notre ombre dans l’ombre des voisins, aimons avec une passion grotesque la mouche qui vole, le cyprès qui dort, l’eau qui clapote et sommes pratiquement incapable de respirer en présence de notre désir.

recommandations : creuser une fosse où les scories conservées de notre jeunesse reposeront et embrasser sur la bouche tout ce qui peut nous donner envie de le faire.

une heure et l’inventaire est fait.

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Un commentaire pour L’inventaire (feat Dvorak)

  1. Margot Roisin dit :

    Aimons ce nous invisible.

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