Insomnie #29

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l’espérance de l’amour est la pire des idées, quand elle vient on veut écrire, mais l’envie manque
la tristesse déborde
personne ne vient

la solitude n’est ni un couteau planté ni une écharde ni rien
elle ne tranche pas la chair elle ne fait pas mal, non
au contraire

la solitude vient comme une évidence heureuse
tout pourrait être ainsi pour l’éternité
la souffrance ne vient pas d’être seul
elle vient de l’avoir accepté

comment dire ? ce n’est pas d’attendre qui fait mal au cœur
c’est de n’attendre rien
c’est d’attendre sans rien n’espérer
c’est d’attendre à la façon d’un sage

morale de cadavre morale de déjà mort morale de fantôme
qui accepte de hanter des lieux où il ne peut plus vivre
où il ne vivra pas où il n’a pas vécu

j’aimais autrefois et on ne m’aime plus
les choses sont juste là posées sur les fenêtres
détenues dans une tristesse impossible à cerner

on passe avec de la beauté sous nos paupières
tous les visages croisés l’on voudrait les toucher
bouche pleine corps serré le désir assène sa logique
ancienne

l’espérance de l’amour est la pire des angoisses
comme la mémoire étouffe d’être ainsi convoquée
on peut passer une rue et y voir partout un rappel

seul au premier jour du passage sur cette place
seul encore quand l’on y passe un soir
on se souvient de soi des années en arrière
la solitude va avec nos pensées comme un fil qu’on déplace
personne ne vient

combien de temps nos lèvres…
on pourrait presque boire son thé comme on embrasse
personne ne vient

le pire est la pitié infligée à soi-même
pitié insensée d’être seul
honte de vouloir être aimé
quel orgueil nous pousse à embrasser des rêves ?

il n’y a rien dans l’espérance qu’une tricherie qu’on connait
on ne se console de rien de se savoir consolé
il nous arrive de tourner des heures autour d’une idée
comme un fou qui voudrait raconter une histoire
sans en avoir le début le milieu et la fin

certains corps sont des violences curieuses des violences à rebours
partout la joie est accrochée sur leur peau
du désir va de leurs lèvres à leur dos
et ils passent

faut-il ainsi que toutes les belles choses passent ?
que tout ce qu’on aimerait vivre se délace loin de nous ?
et l’amour est-il ainsi qu’une chose qu’on espère
frontière toujours poussée plus loin de nos frontières
espace qui s’espace d’avoir été pensée ?

l’espérance de l’amour va ce soir ainsi
et demain sera passé

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