Déserteur

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il était dit que nous retournerions sur nos pas
déserteur d’une armée qui ne va pas au combat
troupe qui n’a pas fait la guerre

que nous retournerions à la terre
arpenteurs, géographes de lieux déplacés
chercheurs de l’axe singulier
où toute chose bascule
en un autre état
en une autre chose
où tout est basculé

au fond en-deçà au-delà de la langue même
récitant la leçon apprise autrefois par cœur
puis oublié
tenue au bout de notre langue (bien qu’à peine)
il était dit que nous serions
muets fragiles et effrayés

que l’on nous dirait « bonjour » comme à des gens de l’asile
corps fondu sur le grésil
de la cour
il était dit que nous ferions les sourds
pour ne pas avoir à penser

mais l’idée va
flèche tirée on-ne-sait pourquoi
plus vite que tout

si bien que l’on pouvait nous dire tout
nous faire taire ou nous interroger
nous battre ou nous caresser
il pouvait être dit tout
cela n’était que des manières de dire

car quoiqu’on dise la parole est toujours plus lente que la pensée
la pensée plus lente que le corps mobile
le mouvement plus lent que l’immobilité

il était dit que nous retournerions sur nos pas
mais retourner ne veut rien dire
nous sommes le futur de nos empreintes
et les lignes sont des boucles cachées

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