L’Anniversaire

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j’ouvre la boite aux dés – Dieu m’autorise à y jouer exceptionnellement car deux mille ans est l’âge de la douceur, même pour les dieux – et j’ai ce trouble : est-ce mon œil ou le dé qui a six faces ?

(j’essaie un temps de faire tenir les bougies mais il est impossible de mettre deux mille bougies sur un gâteau sans que ce soit, à la fin, le gâteau lui-même qui tienne sur les bougies)

j’ai honte de mon impuissance, rien ne brûle – ni lumières, ni étoiles, ni feux – et mon malaise va, claquant sur le bois de la table du repas, avec les dés : faut-il ainsi voler depuis des mains étrangères, rouler sur le réel, atterrir sur une face (qui dira ce que nous sommes, ce que nous avons été) ?

(le gâteau brûle et Il s’en moque)

les dieux n’ont que faire de mes mains caleuses et des anniversaires si bien que je sais que Son autorisation ne vaut rien ;

ni la date ni le temps passé depuis l’enfance ni la boite ni le dé ni rien

l’espoir est un jeu divin inventé pour se rire de moi et les dés n’ont pas été jetés puisqu’ils n’existent pas (du moins pas à la manière des dés) :

dès ma jeunesse ma tendresse m’a poussée à vivre comme si j’étais poursuivi par des siècles anciens et je courrais vite car j’avais deux cents siècles aux trousses (et plus encore, mais les autres étaient étrangement plus lents) ;

combien les dieux me laissent faire de kilomètres de course ou combien de fois je peux lancer les dés sans qu’Il me gronde, tout ceci n’est qu’une triste farce (je le sais, ils le savent) nécessaire : il faut donner à la raison une idée fixe pour qu’elle ne tombe pas simplement dans le vide

aussi jouons nous au hasard comme on peut jouer à faire des rivières dans la sable quand la marée est basse et deux mille ans passent comme une lente ascension des eaux, on voit son enfance courir de la dune à la mer sous le regard des dieux et l’on pleurerait d’avoir perdu un lac ou qu’une montagne s’effondre sous nos yeux ;

comme enfant je maudissais amer le hasard des circonstances quand une vague venait de la mer détruire mes villes de sable ;

(puis j’ai découvert plus tard l’almanach des marées et ma rage devint un futile)

ni mon œil ni les dés n’ont six faces : il n’y que le destin et le visage des dieux

(le gâteau a fondu sur les bougies éteintes)

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