Déserteur

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peut-on perdre en dix jours le pouvoir de reconnaître son visage ?
les mains passent en chemin sur des joues étrangères
qui sont nôtres
peut-on partout être avec quelqu’un que l’on ne connait pas
le matin et le soir dormir contre soi-même
comme si nous nous étions aimé jusqu’à n’en plus pouvoir ?
est-il possible de vouloir faire chambre à part
d’avec ses mains ses yeux son cou son ventre
jusqu’à faire de la fatigue un corps qui nous appartient plus que nous-même ?

et jusqu’où la solitude peut-elle aller avant de se retourner en présence ?
à quelle point faut-il y avoir gouté pour la confondre avec des retrouvailles ?
d’où vient le plaisir accordé à celui qui est seul d’éprouver sa solitude en vertiges ?

le vertige de n’être embrassé par personne
de n’être pas touché ni regardé longtemps
la nausée de n’être qu’une surface d’y avoir été confondu
jusqu’à s’y confondre soi-même
et la volupté atroce de ce pouvoir accordé
à celui qui peut disparaître
de n’être plus sans mourir
jusqu’où mène-t-elle cette ivresse ?

je pense qu’un accord secret existe entre l’exilé et son exil
harmonie partagée entre le désert et le déserté
l’un et l’autre ramené à la matière inconsistante et fragile
de ce qui peut brusquement s’envoler ou bien
construire des palais

 

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