L’appartement de la rue Pierre Loti

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L’abribus d’en bas brille comme un tableau d’Hopper. Les phares rouges des cargos éclairent à peine la rade. Les murs verts paraissent noirs à cette heure. Il est rare de quitter les choses en les regardant assez. Demain je pars et ici n’existera plus pour moi. Les meubles seront déplacés et il pleuvra toujours sur la rue Pierre Loti. Les grues feront toujours bleuir les nuits du Jardin des Explorateurs. Je sais que ce qui a été vécu ici restera d’une manière ou d’une autre dans le plancher et dans l’air. Je passerai sous la fenêtre, au hasard, parfois et je dirai à qui est là : « j’ai habité l’immeuble ». Le balcon sera vide des plantes de ma mère. L’orange des lampes aura disparu. « J’ai habité ici » dirais-je et ici voudra dire autrefois. Maintenant j’y habite encore, j’y suis encore un peu. Mais l’autrefois vogue déjà dans les objets posés. La statue sculptée du grand-père attend d’être placée ailleurs. Il y aura rue Pierre Loti un petit cimetière timide et discret connu de moi seul. Combien de mémoriaux peuplent ainsi l’existence ? Des villes entières quadrillées de « je me souviens ». Combien ont-ils été à dire « j’ai habité ici » alors que j’étais au balcon à regarder la mer ? Tant d’autrefois épousent sans le dire des maintenant.

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