L’effacé

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A la manière des statues des musées qui s’abiment d’être caressées un million de fois par un million de mains qui s’imaginent toutes être les premières, je crois parfois que les choses s’abiment à force d’être vues. Les objets vieillissent d’abord d’être regardées. Les visages lentement rabotés par le regard disparaissent. Enfant j’avais peur de perdre le souvenir des traits de ceux que j’avais croisé dans la journée. Dans mon lit, je reconstruisais la figure des personnes vues et s’il m’arrivait de ne pas en être capable, alors j’avais peur de dormir, de me rendre compte le lendemain qu’en fait elles n’avaient pas vécu. Mais les choses imaginées suivent le même chemin que les choses et il se peut qu’à force d’être pensée elles s’effacent. Il est aussi futile de fermer les yeux que de mettre un écriteau devant les statues.

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