Le souffle

37556823_10212148184326468_938931802830012416_n.jpg

que l’on parle du souffle pour écrire, de cet effort d’essoufflement de la langue, des mots qui n’ont pas le temps d’être écrit tout-à-fait et qui restent à la surface du monde, comme une peau, comme une huile, comme un corps ;

que l’on parle de cet effort-là et de la spontanéité qui guide celui qui veut écrire comme un chien court derrière les voitures pour attraper les roues, toujours rattrapé par les définitions (lois de la physique pour le chien, définitions pour l’autre) ;

réduit à l’ordre des phrases, à la logique continuée partout de la syntaxe et de la grammaire, que l’on parle de la respiration que l’on voudrait sereine de celui qui écrit, mais qui est exactement comme pour un rendez-vous avec une amoureuse, cerné par la peur du faux-pas et du faux-semblant, qui n’écrit qu’en à-coups, qu’au hasard en criant ;

la langue peut sortir de son lit, éclater en échardes qu’on appellera poème : lettres, mots, phrases, paragraphes, échafaudages complexes d’histoires, de récits, que l’on voudrait déplacer pour se donner l’allure de celui qui échappe à la forme de ses idées pour retourner aux gestes de son corps ;

penser au collage aléatoire de corps et de notre phrasé, de ce corps et de notre pensée et du couteau que nous utilisons pour les séparer et tracer la ligne, le trait, démarcation factice des choses du monde ;

que l’on pense à la séduction et au charme derrière cela, autant que l’on dissimule à son ami, à son amante, à n’importe qui son angoisse, l’on va à la langue costumé, construire une nouvelle Babel, en fait déjà ancienne et déjà abimé et l’on triche ;

ce qui compte c’est l’enfance de la langue, non pas celle, mythique, de l’adulte qui croit l’enfance innocente et naïve, ce qu’elle n’a jamais été, comme elle n’a jamais été insouciante, mais l’enfance de la langue qui soit l’acceptation des zones d’ombres comme enfant on accepte l’ombre de la chambre, les territoires inexplorés ;

qu’on lise un poète alors en lisant un homme qui a eu la formidable chance de se tromper comme il faut.

Cet article a été publié dans Prose. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s