Les gens beaux

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Je crois que je confonds le désir et la nécessité. Les gens beaux que je rencontre me semblent être entièrement traversée d’un destin. Ils sont, ainsi que ces trains qui passent en gare sans s’y arrêter, d’une matière qui ne m’appartient pas. Je ne crois pas au destin, mais il me semble que la beauté donne le sentiment que ce qui peut être est plus important que ce qui a été. Et cette grandeur est partout jusqu’au ravissement et jusqu’à la nausée. Une minute dans une rue animée ou à la table d’un bar m’offre le spectacle étrange d’une beauté qui me fascine parce qu’elle m’est étrangère. Il se peut qu’à force d’aimer ce qui peut être on se rend incapable de participer tout-à-fait au monde. Il faut alors parler beaucoup pour dissimuler ce vertige. Comment les foules ne peuvent pas se saisir de cette splendeur-là, de s’en saisir jusqu’à en être écrasée, rendues muettes par leur propre mouvement ? Et si ce n’était que les foules, mais les gens ont des regards et des mouvements dont on ne peut pas revenir si on les a vu une fois. Je pense que l’on ne saisit pas l’aveuglement nécessairement pour marcher, pour parler, pour regarder quelqu’un. La mystique religieuse m’échappe depuis que j’ai découvert l’évidence de cette beauté et de ce qu’elle engage. La croyance en un sens caché me semble être superflue à partir du moment où l’on considère rigoureusement que le mystère n’a pas besoin de Dieu pour être incarné. Mais que puis-je dire de mon désir qui subsiste ? La plupart du temps, il n’y vient qu’après-coup et stupidement. Ce n’est pas que le corps ne compte pas ou qu’il n’est rien, mais c’est qu’il met du temps à rattraper le réel. Nietzsche pensait que le passé ne compte que dans la mesure où il nous pousse à l’assaut du présent. Peut-être ne peut-on désirer qu’à la manière des roches qui affleurent quand vient la marée ? Enfant, j’aimais marcher sur ses pierres parce qu’alors j’imaginais que, de loin, pour une personne me voyant de la dune, c’était comme si je marchais sur l’eau.

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