Le long chemin

20180718_215319 (2).jpg

Connais-tu la crainte du long chemin de pierre
que tu laisses en arrière en allant chez toi ?
Si ton pas pressé presse l’allée et ton ombre,
si tu vas pour courir jusqu’à la porte en bois,
c’est pour du souvenir et c’est pour les fantômes.
Tant de chemins pierreux sont hantés par les lois
de ce qui, disparu, pourtant survit encore
dans l’instable décor de ce qui est la nuit.
Cette crainte, mon ami, est toi toute entière,
elle est toi à six ans sous le lit de ton frère,
elle est toi à dix ans devant le grand miroir,
quand tu savais avoir perdu dix ans déjà,
elle est toi à quinze ans qui ne savait que faire
et qui passait très seul l’été et le printemps,
elle est toi revenant de l’ancien cimetière,
sous la voute fendue des peupliers dansants
accompagné des pluies qui vont jusqu’à la terre
et qui de la terre vont jusqu’au ciel aussi.
Ce qui repose ici, en toi, n’est pas la peur,
ni même la frayeur de ce qui est sans bruit :
c’est ton corps éveillé de s’être entendu vivre
et qui brusque les choses jusqu’à les rendre ivres,
jusqu’à les faire luire, jusqu’à faire fuir
ta raison dans les bois. Car, il n’est de raison
qui n’aille contre soi, à rebours, sur ses pas,
et il n’est de bon sens qui se perde toujours,
car seule compte, ami, la folie et le rêve
et la trêve accordée par les chemins de pierre
qu’on laisse en arrière, allant par le bois.

Cet article a été publié dans Poésie. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s