L’ordre

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L’ordre des choses a été découvert : pluie, bruit, fuite haletante vers le repère des dieux. Lois, lieux, lettres, tout a été imprimé sur les journaux du jour. Les hurleurs hurlent le désamour, la solitude et l’angoisse. Il est des morts qu’on ne dépasse que d’être mort soi-même. L’ordre des choses a été découvert : hommes, bétail envoyé paître, tous courent derrière le mur de la tempête. L’orage bat sur les volets défaits. Claquement, craquement, cloîtres déserts inondés de verres renversés pour la fête. Tumultueuse défaite des esprits vagabonds : de tristes penseurs sautent par les fenêtres. La mort elle-même niée. On ne sait que faire : on peut errer longtemps d’être sans destin, on peut pleurer d’être sans prières. Les enfants crachent sur les pieds du conteur. L’heure du rêve définitivement passée. « Le cours de l’expérience a chuté » lit-on, en noir, sur les ponts blafards dans le dégout du jour. Quelle est sauvage la tristesse de cet abandon-là ! Les peupliers du quai plissent sous la langueur de vivre. Il fait gris, éternel gris, éternelle nuque éternellement brisée, dépossédée du pouvoir de porter haut nos têtes. Fallait-il être bête pour espérer mourir et pour y croire encore ? L’ordre des choses a été découvert : poussière, roche, matière inféconde et partout répétée.

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