Le vieux

20180715_194903 (3).jpg

Un vieux traverse la rue, son sac plastique frotte le bitume et il fait de la nuit quelque chose de lent. Le feu est rouge et il passe sans que personne ne dise rien ni ne se fâche. On voit, à travers le sac, les légumes qu’il a achetés il y a peut-être une heure ou deux et il chuinte en passant – schhhhhhh –, le sac, et presque est-il percé. À tout moment, quelqu’un sortira d’une voiture et l’aidera à avancer, ramassera l’aubergine qui a glissée à la troisième des douze bandes blanches du passage piéton. À tout moment, une femme qui est sa petite-fille sortira d’un immeuble en criant : « Papi ! » et alors les voitures s’agiteront de reconnaitre une vie. Mais non, rien ne se passe, sinon le vieil homme, éternellement au milieu de la chaussée. Le temps est si long que le feu passe au vert. Autrefois, le vieux était voyant : il indiquait cent petits évènements précis qui devaient avoir lieu ici ou là, entre les deux pôles du monde. On le croyait, on ne le croyait pas. Aujourd’hui, ses douleurs et ses rhumatismes le font avancer à une extrême lenteur, si bien qu’il parait sage – souvent la sagesse qu’on reconnaît au vieux est une mauvaise interprétation de leur lenteur. A la fin, le grand-père termine son voyage – schhhhhh –, son sac presque vide des provisions, il ne le remarque pas. Le feu passe au vert pour les voitures qui écrasent poivrons, poireaux et tout ce qui était nécessaire pour la soupe.

Cet article a été publié dans Prose. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s