La veille #2

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11.

Chair élimée : qu’en dis-tu ?
que sais-tu de la peau, que sais-tu des nerfs ?
Chair dépouillée de chair,
chair nue pour floraison,
corps, muscle, tendon,
pierre éclatée par le gel,
sel étendu à la ronde
dans les champs arrimés
à la chair.

12.

Et lèvres, pouls distendu du mortel,
vers l’avant pour la sève
le haut chêne-liège
de l’ancienne maison,
le haut chêne penche
comme l’assoiffé étanche sa soif
à la pâleur du ciel.

13.

On embrasse une à une les vertèbres vers le bas,
notre langueur rouge lèche les laminaires
qui vont-viennent.

14.

Qui va venir le jour du retour de l’enfant ?
Son âge d’homme qu’aura-t-il gommé ?
Peut-il revenir sur ses pas celui qui est aller
au-delà de son âge, jusqu’à se rendre vieux ?
Quel désir est perdu d’avoir passé le champ,
la barrière et le bois ?
Mère et père riront-ils de la même voix ?
Ils diront : « le voici, celui que j’ai perdu ! »
puis se tairont de ne pas le voir revenu,
lui, inconnu, n’appellera plus
ni la mère ni le père par leurs noms
et tous demeureront sur le pas
sans même entrer là où l’inconnu n’habite pas
et où ils n’osent le suivre.

15.

Ventre soulevé des falaises,
bras balancés, solitaires
comme pendules
et l’œil que je te tends,
le prendras-tu ?

16.
A la fin, tout a été exploré,
n’est méconnu que l’atlas,
d’obsolètes drapeaux taillés
dans des manteaux de poussière :
douanes, rois, empires
sous le régime commun de la disparition.

17.
Aussi est l’orage,
violine mèche de la bougie des nuages,
et qui veut courir ne peut le faire,
et qui veut voir s’aveugle immédiatement,
qui veut son désir va devant l’aimée
comme va à l’horizon
toujours repoussé.

18.

Ce que notre bouche touche n’est touché
que de pensées impures et solides :
cendres brûlantes tombées au fond
de notre cou jusqu’au cœur
et du cœur jusqu’au vide.

18.

A la veillée parle-t-on du mort ?
Ce n’est personne ce corps alité,
personne qu’un corps qui n’est rien.
Les vieux disent l’histoire de l’ancien,
mais fouillent leurs propres corps qui meurt :
mourants vides de la mort,
de cette mort étrangère de l’ami
qui repose dans son lit d’autrefois vivant.

19.

A la procession, suit-on un mort ?
Il n’est personne à suivre et l’on avance poussé,
derrière soi, ramassée, est la peur
d’être emboîté soi-même :
l’habitude fait prier les vieux,
qui ne prient ni pour Dieu
ni pour l’autre attaché à la terre,
mais pour eux et la gravité
qui les invite au sol.

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