La veille #3

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20.

Mon désir est une fièvre de fantôme
qui rêverait sa chair
au lieu de la sentir.

21.

chambre, cimetière, chambre mortuaire,
feux follets alésés d’espérance :
que ta chance est passée, le sais-tu ?
as-tu seulement offert ton ventre
comme martyr ?

22.

Sous les draps l’enfant se souvient
des pioches abattues comme des pinces
et du caveau qu’on ouvre
pour y être déposé mort,
de ces trois marches qui font descendre
le fossoyeur dans le corps
de la pierre allongée
et des pleurs des ainés
qui ne savent que faire.

23.

La dentelle ciselle les pins de la décembre
puis la robe est ouverte
à l’odeur de la cendre.

24.

Jambes, cuisses, cris mêlés,
éteignoirs pour la flamme
en toi accueillie.

25.

Les vieux déposent des fleurs
qu’ils n’ont jamais cueillies
et évitent les miroirs.

26.

La couleuvre sèche dans le blé de l’été,
l’enfant a cette mémoire
en attrapant l’encens.

27.

Hommes et femmes brisent la fumée :
« comme c’est heureux » pensent-ils,
en respirant très fort.

28.

Puisque celui qui veille
invente celui qui dort,
au canal sont les bouleaux
alignés pour corridor
jusqu’à la source ancienne.

29.

Autour de l’église tourne
un vent qu’on dit « du diable »
et toujours les cloches sonnent.

30.

Le village était désert
pour l’homme qui vivait hier
comme un vivant commun.

31.

Puisque celui qui veille
invente le chemin
marcescent, immobile,
où l’on chemine encore.

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