Celle qu’on aime

49335107_10213216624076794_4800002132285587456_n.jpg

En partant, j’ai pensé qu’on ne pouvait que t’aimer. Les gens qu’on ne peut qu’aimer sont les plus malheureux. J’aurais pu te le dire, mais nous nous connaissions trop peu et cela aurait été un inconfort trop grand pour nous deux. Et puis, il y avait cette grande joie (peut-être était-elle fausse ?) qui nous séparait d’une certaine façon et qui était notre sécurité mutuelle contre l’intimité. Et puis, j’ai pensé que je ne faisais que tomber dans une sorte de piège commun à nous autre qui aimons ceux que l’on ne peut que aimer. Il me semble que cette sorte là d’amour est une douleur trop grande pour celui qui le reçoit parce qu’alors il peut se dire : « mais qui est-ce au fond que l’on regarde quand on me voit ? » et cette question torture tout, jusqu’à l’amour sincère qu’on peut porter et jusqu’à la tendresse. Aussi, ais-je fait un bref inventaire, pendant que nous discutions, de ce qui était à l’origine de mon sentiment. J’ai cru, comme tous ceux qui dressent ces inventaires-là, qu’au-delà de la surface commune et aimable que tout le monde aime, il y avait pour moi des accroches secrètes et discrètes, des mystères ou des recoins terribles, enfin tout un réseau souterrain de beautés que j’étais le seul à voir. Oh ! Je sais que cela est faux et que c’est précisément de cette maladie dont tu souffres. Je ne te connais pas, mais j’imagine que tu espères être aimée à la manière non pas d’un trésor, d’une crique ou d’une cache, mais d’une plaine ou d’un ciel ou de n’importe quoi d’ouvert et de visible. Les gens qu’on ne peut qu’aimer souffrent de n’être rien, pour ceux qui les aime, qu’une invisible porte que l’on voudrait ouvrir. Une sorte de cécité nous touche, nous autres amoureux, de ne croire voir que des choses aveugles pour les autres. A la fin, le ciel était beau, je me souviens, mais il l’est toujours cela n’indiquait rien. Si je te revois je tâcherais de ne pas t’aimer, cela sera ma preuve d’amour et ce sera pour toi, je l’espère, un réconfort d’être aimé de tout le monde sauf de moi.

Cet article a été publié dans Prose. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Celle qu’on aime

  1. iotop dit :

    Bon jour,
    « un réconfort d’être aimé de tout le monde sauf de moi. » Rien n’est moins sûr…
    Max-Louis

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s