Les destinations

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Les choses ont une destination qu’on ignore. Cierge éteint, miroir, rideaux qu’on ne tire plus faute de temps. Nul ne sait que les choses ont le pouvoir de tomber. Comme l’homme qui va seul, pour manger, dans le soir qui le mange. Autour de lui, tout est retourné à la première matière des objets. Guitares suspendues, piano clapet fermé. A-t-il quelque chose à dire cet homme seul ? Est-ce pour un secret qu’il se baisse comme une flamme ? Porte rouge, rideaux rouges, sol rouge, sang lourd de la cire séchée de midi. Au miroir d’autres instruments brillent jusqu’à étendre leur pouvoir sur la forêt lointaine. Au-dessus est l’appel triste d’étoiles qui ne sont ni choses ni objets ni matière et qui ne font rien que de la lumière. L’homme après un moment se lève et reste-là. Comme il faut être pierre, comme il faut être colonne, comme il faut être immobile étagement d’organes, pense-t-il, comme il faut être tout cela pour supporter d’attendre. La nappe blanche, la nappe immensément blanche, la nappe qui frappe la table de bois d’une blancheur de gel ou d’été, la nappe a été tâchée de vin ce soir. L’homme s’est-il souvenu de sa tristesse alors ? Les deuils viennent ainsi brutalement nous arracher le ventre et peuvent tâcher les nappes. L’homme s’est-il souvenu qu’il n’attendait personne et qu’il n’avait pas faim ?

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