Sur le sol

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Sur le sol, en rentrant, était une grande tâche de bitume brûlé. Les gens y marchaient, sans y penser : lac ignoré, lave sèche qui n’est plus rien qu’un sol. Sur combien de mers marche-t-on ainsi ? La tâche s’étendait jusqu’au milieu du monde qui était notre route. Et j’ai pensé à toi. L’aurais-tu vue toi, cette tâche ? Oui, je le crois. Michaux dit qu’il suffirait d’un rien pour que la mer se fige et qu’elle ne soit que vague-tempête et virgule inversée. Il ne dit pas ça, non, je l’invente, enfin, il ne le dit pas comme cela, mais tout de même, n’est-ce pas cela : à la fin, la mer se fige ? Dans le Pacifique, très rarement, des volcans cracheurs de cendre font naître des îles qui s’écroulent si vite que les hommes n’ont pas le temps de leur donner un nom. C’est ainsi. On peut douter d’avoir été une seule fois vivant, d’avoir une seule fois touché la vie, tu sais, et la terre, qui est pourtant si proche de toute chose, mais l’on ne peut douter de ce regard-là qui voit une chose qui a été brûlée. Comme les enfants peuvent l’être.

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