La Meute #4

WhatsApp Image 2019-03-19 at 18.22.52 (2).jpeg

Est à la fenêtre cette plaine. Et il pleut.

Le ciel s’enruine. Bruine terreuse, boue pluvieuse qui n’est qu’une autre nuit. L’ennui colle à l’ennui. L’ancien ruisseau retrouve son ancienne vie, gonfle ainsi qu’un corps noyé, ainsi qu’un visage mort. Le vieux mord le pain épais. Autrefois était un lac où il se baignait. Les algues caressaient son corps plié en deux. Il y est mort. Il y est mort, il se souvient. Il y est mort, il sait. Et il ne dira rien. Sa vie passera entière jusqu’à ce pain. Sa vie passera dans une mort muette, secrète et avortée. Ce corps d’enfant disparu dans les eaux du grand lac était le sien. Loin. Il croque la croute du pain cuit et sent : l’eau à sa bouche, à sa gorge descend. Ses poumons s’emplissent d’une vase bien vieille et bien tassée. Il sait maintenant qu’il n’a été qu’une chair hantée.

La vieille passe. Elle aussi dans l’espace indécis des fantômes. Sur le verre vont un à un les nuages. Clapotis immobile des lendemains d’orage. Grisaille amassée au cimetière du village.

L’enfant courbe le dos devant la haute pierre. Une boîte lentement s’enfonce dans sa bière. Civière, rocaille, rivières sur les manteaux.

Cet article a été publié dans Prose. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s