La gravure

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Cette nuit, seuls, nous approchions d’un monde grave. Nous étions au pas, l’un et l’autre. Nous avions la lenteur pour nous sauver du bruit du matin revenu et nous poussions nos pieds sur le mur blanc et bleu. « Je suis malade, le sais-tu ? » dis-tu en soufflant sur ton bras. Je ne répondais pas. Le monde était une boîte de secrets et de fils, une boîte à couture et nous portions tous deux un dé sur notre doigt. Nos ventres étaient fleuris de boutons rouges, de boutons gris et moi-même je rougissais de te voir en cueillir. La terre, de bois, était froide et nous prenions racine dans une éternité récente qui nous donnait du cœur. Et nous tirions, tirions sur les heures pour en gagner un peu. Mais, on n’en gagnait pas. Le temps passait sa faux dans le blanc des cheveux. Je coupais tes dents de mes dents, comme un blé tendre et j’égrenais une farine entre toi et mes paumes. Matin de livre, de poussière à l’odeur de pain chaud. Je craignais ton départ comme celui qui jamais ne sait quoi faire de sa peau quand elle n’est pas couverte. La porte était ouverte, il y passait les bruits de ceux qui se lèvent tôt. Maintenant, il ne reste rien de cet appétit-là. Un horizon qu’on grave, une nuit, dans ce marbre, disparaît le jour même, ne se retrouve pas. « Je suis malade, le sais-tu » est un bruit que je souffle secrètement dans ton dos quand tu ne me vois pas. Tu ne répondras pas.

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