Le retour de Paris

20171201_213623 (2)

Dans le train,
je ne sais toujours pas ce qu’un retour
veut dire :

Paris passe, je le sais
par lumière
par odeur
et procédures.

Orléans, Vierzon viennent
et d’autres villes encore
plus petites et plus moyennes,
si une telle chose est possible.

Moi, je ne retourne pas.
Ma fatigue est sans revers,
je suis las, peut-être, peut-être
présent sur un siège,
mais le dehors est seulement noir
et je ne pars pas.

J’ai dormi deux jours dans une chambre méconnue.
Sous l’évier, j’ai trouvé un carnet de notes intimes
qui listaient des raisons de ne plus fuir
et je ne l’ai pas lu.

Les fenêtres donnaient sur une ampoule orange
de lampadaire de grande ville. Je pensais
avoir vécu – et je ne dormais pas.

J’avais vu des amis dans le soir – buvant
du campari, du vin et de la bière.
L’une disait des sentences
et s’en trouvait fort ivre.

Le métro aérien ensuite, seul, brisait
le rayon de ma poussière.

Les gens regardaient dans le sol
pour se voir allumé
d’une sorte de lumière.

Je sentais l’existence détournée
dans son lit
comme rivière.

Je songeais aux espaces habités
par des corps.

Lentement dans les gorges
s’amenuisait le décor.

Maintenant, mon train est un couloir
environnée de crânes qui dansent,
qui pensent et qui se tiennent
entre deux façades noires.

Je ne sais pas ce que veut dire un départ.
Je ne sais pas ce que veut dire adieux.
Le temps ne mord pas encore
les chevilles de mes cheveux.

Rentrant, je vais manger et lire
des copies, corriger des pensées
qui ne m’appartiennent pas.

Paris est une ville où j’attends ta venue.

Là-bas, déjà, je suis comme debout
dans une cour, attendant une parole,
le premier jour d’école.

Je crois que chaque corps est venu pour jouer.
La foule cherche une balle
où elle pourrait frapper.

Je sais qu’il n’en est rien.
Dans le métro
ou dans la rue,
les gens pensent à tant de choses
qui ne sont jamais moi.

Qui ne sont pas mon corps
ni mes mains ni mes pensées,
qui ne sont pas mon nom
ni ma mémoire ni l’habité
que j’habite par présence.

Je traverse des foules qui m’ignorent,
non pas comme un être ignoré,
mais entièrement méconnu.

Quand je rentre dormir,
je vais dans le lit d’un absent
qui pourtant me retient
d’être plus qu’un hôte.

Dans les bars, le soir, des troupes
parlent, boivent du vin
et bruissent ;

et je traverse les groupes
comme un drap que l’on plisse
imperceptiblement.

Je ne sais pas ce que veut dire la présence
et le poids.

Je tiens entre mes bras
mon corps
comme un fantôme.

De la chambre à la rue,
de rue à la gare,
de la gare jusqu’au train
et du train jusqu’à moi,
je suis
autre chose
qu’un retour.

Cet article a été publié dans Poésie. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s