Virage

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foudre

que se passerait-t-il si je viens maintenant te dire un poème de Celan
qui commencerait ainsi : « Ne cherche pas sur mes lèvres ta bouche »

réduite en poudre la poésie pourrait-elle te faire ouvrir – lentilles
tes yeux sur moi ?

que se passerait-il si je

enfin
que se passerait-il si je chauffais la langue que nous avons commune
murmurée à blanc

ce linge tendu deux corps qui se tiennent à bonne distance l’un de l’autre

une rue d’Arles se tient ainsi, je me souviens
une rue de Paris où nous nous sommes tenus

que se passerait-il si je venais maintenant te dire : « C’est moi, moi
moi qui étais couché entre vous, j’étais »

sur le bord d’une falaise et je jetais mes vendanges
rouge ruisselant entre tes mains l’ivresse
rouge le dos rouge le sol rouge

si je passais mes mains sur toi, ton dos comme
orageuse plaine d’orage
où vont ces pluies que personne ne voit qui sont
pluvieuses pour elles seules

je viendrais dans tes bras te dire un poème de Celan
le thé nous le laisserions froid
nous serions
dans une mauvaise ivresse
dans une joie véritable
inavoué notre tendresse irait

lourde

l’étoffe je crois te draperais me draperais
si je
que se passerait-il si je

« tu sais bien ce qu’il en est des pierres,
tu sais bien ce qu’il en est des eaux,
viens »

si je parvenais à ce virage

où si je faisais s’écraser la pulpe entre mes doigts entre
ma langue
ce palais

si je descendais sur ton bruit
si je faisais s’écraser la pulpe entre mes doigts entre
ma langue

si ce palais que touche mes dents que touche ma langue était
ce palais que touche ta langue

si j’étais en ce virage où viennent tomber les étoiles

Celan entre nous serait couché

nous n’aurions pas peur de toucher notre grâce puisqu’elle serait
celle d’un poème non-lu encore

nous n’aurions pas peur de dire notre grâce puisqu’elle serait

courbe
lentement atténuée

nous prendrions ensemble le bord
sans nous craindre

car entre nous serait couché
le poète et une sorte de ciel
au centre duquel serait

foudre

notre commune pierre

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