Martin Valard – Ployant (2002)

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« Je vais désaffecter la mine où j’habitais longtemps avant de te connaître. Les briques y sont rouges, tu sais, parce qu’elles baignent dans le sang. Oui, tu as raison, le sang n’est pas rouge, mais je pense à son idée. L’idée du sang est rouge. L’idée du sang a cette couleur. Je vais désemplir les fossés. Je vais déconstruire les longues allées où les ténèbres font cauchemars. Je vais doucement déplacer les charpentes de bois noir. Les charpentes de bois sombre qui traversent les galeries. Les charpentes de bois pourrissent depuis mille ans. Elles font de la poussière. Je vais frotter les parois nues. La roche s’effritera. Pulvérisée. Elle sera pulvérisée, la roche. Mes yeux, tes yeux feront comme des moulins qui peuvent broyer les murs. L’air pur, j’imagine, sera vaporisé entre nos mains et les cloisons de pierre. Des bulles, dit-on, se cachent dans les montagnes pendant l’éternité. Me crois-tu ? Me crois-tu quand je te dis que je vais désemployer la mine de son emploi premier ? Je vais faire remonter ma veine cave au grenier. Les poumons, les viscères, les organes impurs où la cendre se niche. Tout cela, je vais le restaurer pour te le montrer froid. Crois-tu cela ? Je suis peut-être incapable, mais cela je sais le faire. Cela je sais le faire. Crois-moi. »

Martin Valard – Ployant (2002)

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