Andreas Kroch – Oublier la poudre (1997)

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« Notre barraque se trouvait sur le flanc est d’une colline parsemée de pins morts et, vers le sud, dépassant de la plaine couverte de grésil et de pierre, de hauts terrils, pareils à des mines de graphites immenses arrachées à la terre pour détourer le ciel, déchiraient l’horizon, presque toujours invisible ou voilé par une fine pellicule de poussière noire, particules de charbon soulevées par le vent qui d’Ozos à Czies-Dan balayait depuis mille ans la région. C’était comme si notre visage, nos mains, nos ventres, nos corps tout entiers s’étaient couvert, un matin, d’une seconde peau noire de crasse que nous ne pouvions plus quitter. Nous avions pour consigne de nous laver une fois par semaine dans un grand bac de pierre grise dédié à cela et qui se trouvait juste derrière les lieux d’aisance. Quand le jour venait, il fallait faire un grand feu sous cette sorte de baignoire et attendre que le gel fonde. Puis, les uns après les autres, nous allions, nus, plonger dans l’eau qui, peu à peu, ressemblait à une huile noirâtre d’où les derniers émergeaient plus sales encore qu’ils y étaient entrés. »

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