Impressions sur Soulages au Louvre

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Avec Soulages, sentiment que le guichet de la couleur est fermé et qu’on peut seulement voir « par-dessus les barrières ». Je me tenais face aux tableaux comme devant des cloisons et je ne pouvais passer. Je n’avais pas le ticket nécessaire à la connaissance des couleurs.

L’une des toiles, celle de 162*127 du 14 avril 1979, était une pente charbonneuse. Je me suis souvenu des collines qui brûlaient en Ombrie. Le feu qui remontait lentement les coteaux, cette manière de cendre qu’avait la terre striée par les sillons des récoltes passées.

Une autre était un volet clos sur un ciel d’été. Des pointes violettes, empoisonnées peut-être, émergeaient depuis le fond, sorte d’épines dorsales de la lumière. Crachats argentés sur les lames du parquet. Peut-être mon œil collait-il à mes paupières ? Je ne sais pas. La couleur semblait être un accouchement douloureux.

La couleur a une aube qu’on ne voit qu’aveugle. Vers une certaine hauteur d’un des tableaux les plus récents, il y un sémaphore qui diffuse sa lumière ou qui la fait tomber. Étagement de lueur. Fin de siècle dans les clartés. Exactement comme si mourrait doucement un peuple de lucioles, une certaine civilisation lumineuse qui s’écroulerait étage après étage.

Si je pliais une nappe noire, je pourrais tenir quelque chose qui serait cette grisaille.

Dans certaines compositions, un voile tient les coulisses en retrait.

Au milieu d’une portion blanche, un détail : un homme se tenant sur la banquise, face à la mer. Très seul.

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