Les Guérillères #1

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Danser en frappant la terre, cela non plus, je ne sais pas,
ni tourner sur moi-même, comme un fou, ni me tenir droit,
ni appliquer précisément la règle arithmétique de mon sexe,
le pouvoir accordé dans mes bras. Peut-être que je sépare
en deux la foule, les rues, frôlant avec mes doigts la tête
verte du champ, peut-être que je suis cela, pilier dominant
une large et longue plaine, mais je ne le sais pas. Je le sais
d’un savoir pauvre : en dépassant une silhouette, dans la nuit,
et de la voir se blottir, imperceptiblement, sur le rebord du mur,
je le sais d’être bruyant dans ma présence, inconscient dans ce bruit,
enfant qui frappe sur le cuivre bosselé d’un tambour, enfant qui écrase
les miettes des biscuits sur le chemin, pour attirer l’oiseau.
Je me demande comment approcher l’autre monde
sans y déposer le mien, comme une maladie, comment ne pas être
la maladie d’une autre ? Je lis Monique Wittig et Les Guérillères
qui produisent des musiques à chaque mouvement, qui sautent
sur les chemins et qui nagent. Elles dessinent un sexe rond, tournent
autour de lui, les histoires qu’on raconte deviennent une broderie
de fantasmes nouveaux. J’assiste à la reconquête des champs,
des villes, des espaces autrefois disposées pour mon corps. Mais, mon corps,
je ne sais pas moi-même le dire, il est ce double qui domine,
malgré moi, le terrain. Je ne peux parler qu’en hurlant aux oreilles.
Je ne sais pas cracher ailleurs que dans cette nuit sérieuse.
« Il existe une machine à mesurer les écarts » dit-elle.
Je n’ai jamais cherché de chardonnet dans les buissons et mon cœur
n’a pas connu l’oiseau qui meurt en lui.
Je ne veux pas compter sur mes propres forces. Dans mes veines
et dans ma voix coulent des concepts que j’ignorerais bien. Je ne le peux pas.
Ils sont, avant moi, un verbe qui me dit, conjugués et maudits.
Je sens, dans les objets, cent gestes qui attendent.

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