Érème #4

Tenu trente ans jusqu’ici sans effort
avec paresse en me laissant couler
dans le lit initial où je fus balancé
avec ménagement

Vivant dans une ville que je hais
émoussant un couteau détenu
malgré moi travaillant quelque fois
à des questions stupides
faisant briller mes bribes
désengagé de tout
et de l’amour
et de la poésie

J’ai parlé beaucoup trop pour supporter ma voix

*

Calfeutrer la porte ne suffit pas (vraiment) à arrêter la pluie.

Un ami, qui méconnait les vertus de la causalité, espérait dégager le ciel (pour le match) en ouvrant / fermant la porte une centaine de fois. Le vent ainsi provoqué, expliquait-il, diluait les nuages, de proche en proche jusqu’au lointain. L’imbécile.

Jalousant sa joie futile, je me prêtais au jeu, mais je n’y croyais pas. Plusieurs fois, je retenais mon bras qui voulait le frapper.

*

Envoyé le 23 août 2018 à 20h57 (28 ans), trois poèmes :

« découvert votre revue récemment
[…]
trouve très intéressante votre
[…]
proposer trois poèmes qui »

Réponse arrivée hier, 1er mars 2020 (30 ans) :

« publierons vos poèmes dans notre prochaine
[…]
connaissance des propositions de correction
[…]
plaisir de vous lire prochainement »

« Continuez sur cette lancée. » dit-il aimablement. J’avais 28 ans
quand j’envoyais ces poèmes. J’embrassais une autre et je vivais ici, ailleurs.
Maintenant, le lointain approché, le temps resserré, défilant, l’oublié
reconvoqué des messages, liens aux poignets fins du temps, la mémoire.
J’avais 28 ans et j’écrivais encore. Ma vie vouée à une tâche ancienne.
Sans attendre, j’ai « continué sur ma lancée », appliquant la loi des pierres
de Lettre à Schuler, « permanente dans leur mouvement », sans savoir
si l’on peut perdre en dix jours le pouvoir de reconnaître son visage,
jusqu’où peut aller la solitude avant de se tourner en présence,
jusqu’à nos retrouvailles et notre déchirement, le ventre d’orage,
l’œil crevé, dans le monde encore possible qui repose. 28 ans
d’autrefois revenu contre moi, cendre déversée à un matin de tempête
sur la tête du vent, attendant de partir, pressentant le départ, partout,
dans les objets survivants, l’inouï balayé à ma porte, l’inattendu salissant.
30 depuis peu. Ni plus ni moins heureux. Ni plus ni moins vivant.
Enfermant dans mes doigts l’émoussé des lames que j’ai connu
et partout habitué reconnu jusqu’à la moindre rue, le moindre renfoncement.

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