Viola Hrubin – Pupek (carnet n°2) – La boîte

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Je me suis repliée dans une petite boîte, préalablement vidée et où j’ai fait des trous d’où je vois la lumière, d’où je respire aussi. Je me range discrètement sur la dernière étagère de la cuisine et j’entends tinter les cuillères, l’eau qui bout.

Je ne sais plus sortir de ma cage en carton. Ma mère vient quelque fois me nourrir en déposant des miettes de pain blanc. Que je ne mange pas. Car, je ne mange rien. Je maigris rapidement et ma boîte est trop grande. Je voudrais tendre ici et là des draps blancs pour séparer l’espace.

Le chat, dans la cuisine, s’arrête quand il me voit. Quand il ne voit qu’un œil, le mien, qui le regarde aussi.

Je ne vais plus sortir.

Quand on ouvre la fenêtre du salon, je sens un courant d’air qui passe dans mon cou. Je frissonne.

Depuis longtemps, je ne me lave plus. Mon visage est gris, je ne le touche pas. Ma boîte est pleine de champignons qui poussent sur les murs. Je sais bien qu’il ne pleuvra plus.

Si nous déménagions, je pourrais voir, dehors, le jardin qui fleurit. Mais, d’ici, les saisons, je ne le connais plus. Les jours passent, je ne distingue pas le dimanche du lundi. La semaine s’espace, longue comme un beau cri.

Je sais seulement le jour du ménage et l’odeur du lilas. Je voudrais. Je pourrais tendre les bras : le couvercle n’est pas lourd. Je pourrais grandir encore. Mes jambes, fines, casseraient aisément la cloison.

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