Le confinement – Jour 3

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Confinement – Jour 3

Je dois m’occuper de mon prochain déménagement, mais je n’ai pas la tête à bouger.

Demain, j’ouvrirai un onglet avec une carte, pour percevoir les distances, sentir le lointain et le proche, bref, m’occuper de ce prochain déménagement.

Je parlais tout à l’heure avec des élèves de cette nouvelle morphologie de l’espace que suppose la quarantaine. Comme dirait Foucault, le monde se retrouve vite découpé, haché menu, les quartiers et les rues, les balcons et les toits deviennent de nouveaux centres et l’horizon resserré contre moi n’est pas loin de me procurer ce sentiment étrange de chaleur que je ressentais quand nous partions loin en voyage avec mes parents et que je restais seul, derrière, entre la fenêtre et les bagages.

Combien de temps aussi avant que l’exceptionnel devienne commun ?

Me voilà tout-à-fait sur cette île que je fantasmais enfant. Île décélérée ou « Île du jour d’Avant ». Le balcon va lentement devenir un rivage. Pour le moment, car cela ne fait pas longtemps, il conserve sa nature simple, mais, bientôt, et plus encore si les choses viennent à durer, il se transformera. Déjà, depuis le velux de ma chambre et de la salle de bain, j’entrevois des espaces que je méconnaissais – des lieux où pourront, plus tard, se nicher les désirs, comme l’oiseau migrateur que l’on voit apparaître-disparaître, s’échapper-venir et que l’on suit des yeux.

Marine me parle de la mer, Marie-Anaïs de Paris, Damien de Marseille. Pour la première fois, depuis que je suis sortis de ma première enfance, les villes ne sont pas disposées-disponibles sur une grande carte où je pourrais me rendre. Car, il faut des papiers.

Avec Julie, nous avons fait des choses stupides comme skier dans le salon, nous poursuivre avec une balle ou hurler sur les passants, chanter ou jouer du piano fort. Nous ne croyons déjà plus être ailleurs que sur notre promontoire. Quand nous redescendrons d’ici, tout aura été oublié.

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