Le confinement – Jour 8

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Ce que les lieux respirent (bibelots, images, mobiliers) ou ce qu’ils aspirent (lumières, odeurs et vents) se trouvent à terre brisés. Morceaux, « pauvre-en-monde », dénudés de cette peau qui donne aux objets une matière. Tessons, émaux, débris. J’habite la cabane d’un chasseur qui abandonne ses proies au milieu des clairières.

Les murs ont l’odeur de ce qui a été déplacé : les anciennes étagères, les anciens canapés, toute la faune méconnue des habitants d’autrefois. Elles suintent, entre mes os, quand glissent, sur l’escalier, la pulpe de mes doigts.

Le parquet est ouvert de plaies où suppure le temps. L’hiver et le printemps glisse entre les plinthes. J’habite sous l’ongle d’un enfant qui s’amuse, au fond du vieux jardin, à remuer la terre. J’habite ce cimetière où toutes les fleurs sont feintes, où toutes les dalles sont peintes d’une teinte noirâtre qui ne s’écaille pas.

Et j’attendrai longtemps.

Six ou sept mois, jusqu’à disparition. Je ne serai pas moi-même une respiration. Un souffle, entre les portes, passera le couloir, portera ma mémoire, comme une cendre éteinte. L’ici-bas est là-bas disparu et les liens sont ténus, et je ne les connais pas. J’habite entre deux portes qui ne se ferment plus, qui ne se ferment pas. Ce n’est pas la façade, mais moi qui me couvre de lierre. J’habite la braise nue d’un feu de camps d’hier.

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