Le confinement – Jour 9 – Lente transformation de l’escalier en île

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L’impossible frappe à ma porte sous la forme d’une île.

Une fois. Deux fois. Trois fois. Baléares ou Marquises habillées pour le bal. Mon heurtoir est tâché d’une trace de son huile. Je n’irai pas ouvrir. Je laisserai au palier lui croquer les chevilles. L’œilleton sera clos pour cause d’enfermement.

Le lendemain, revenant pour dîner, l’impossible glissera sous ma porte un papier que je ne voudrai pas lire. Mots d’amour ou délire, peu importe, je saurai qu’il ne faut pas correspondre avec cette ombre-là.

Plus tard, dans le mois, un jeudi d’avril ou un jeudi de mai, il passera le pied dans la mince embrasure. Je trancherai ses doigts. Il hurlera et je rirai de lui. Il hurlera et je me moquerai. La porte en se fermant arrachera sa gorge. La poignée tournera sur une langue nouée.

L’inéluctable aura le dernier mot.

Atolls, lagons, coraux, îles effondrées au centre des volcans.

Il ne reviendra pas.

Il aura fait, une fois, son bruit de porte claquée. Une fois, en sa forêt, il crachera une vapeur où je me retiendrai. Et mes genoux, mes mains ne toucheront plus la terre. Je grimperai les roches et les branches des hauts arbres.

Et l’impossible tournera, en haut de l’escalier, comme seul le vent sait faire.

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