Viola Hrubin – Pupek (carnet n°3) – Commencer en crachant

20180719_210115 (3)

Le troisième carnet de Viola Hrubin commence en 1935 et se termine 1939. Contrairement au précédent, ce carnet est un véritable carnet d’écriture. Il s’y trouve des notes éparses, des textes plus complets et aussi quelques réflexions « philosophiques » issues des cours que suivaient alors ma grand-mère en anthropologie et philosophie à l’Université Charles de Prague.

*

Je commence en crachant.

Prague, débutée ce matin, mardi. Du charbon crisse entre les roues voilées. La grande rue puante de poissons et de rires va, brulante, sous ma paupière blessée.

Par un coup de menton.

Je commence en crachant.

Du sang coule depuis mes jambes jusque dans le couloir du vieil appartement. Tout est vermoulus, moisis et pauvre. L’armoire ouverte et effondrée. L’évier d’émail brisé a une couleur de veine. Vladim n’est pas nu dans le lit aux draps blonds. Je finirais grondée si je ne le quitte pas.

Les bureaux de l’Université n’ouvrent pas encore.

Un toit vert de pruine couvre les globes épais. Je traverse en courant l’allée de Géographie. Mon nez se cogne sur les vallées mouillées d’Abyssinie en ruine. Mes joues frottent le dos de Tesla et Bolzano.

 

Cet article a été publié dans Poésie. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s