Viola Hrubin – Pupek (carnet n°3) – Miluše

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Depuis deux semaines, Miluše.
Et Vladim disparu.

Miluše, dans l’amphithéâtre A, ne rit pas quand Pr. Musil évoque, pour taquinerie – mais aussi plus que cela – les considérations platoniciennes sur l’amour et les femmes. Elle ne rit pas non plus quand Adrián lui touche l’épaule.

« Eliška Krásnohorská parle de toi » sourit-elle, plus tard, dans le parc, entendant mon prénom. Elle me dit qu’elle est morte, dix ans plus tôt, ici même, à Prague, ici même et parle de Minerve.

Plus tard encore, dans le tramway – poussière et cendre, miettes électriques, etc. – elle dénombre les principes sémiotiques qu’elle connait, répète « struktury » un nombre incalculable de fois et parle de l’idée d’une guerre, de l’idée d’un combat et d’autres choses encore.

La pluie tombe. J’époussète la nudité de Vladim, ce matin, songeant à elle. Ma patience écarte les rideaux. La poisseuse Prague me tourne le dos.

Une fois, plus tôt, à huit ou neuf ans, le jeu dans les rouleaux de paille avec Livia Švejková et les cuisses brûlées par les têtes blondes du blé sec sous le hangar.

Me souvenir, c’est cela qu’il faut que je me fasse : le souvenir doit tenir entre mes ongles et grossir. Vladim est disparu, je n’espère pas son retour. Depuis deux semaines : Miluše.

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