Viola Hrubin – Pupek (carnet n°3) – De la poésie

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De la poésie.

J’en mange ce matin. Grise comme une soupe de flocon d’avoine. Grise comme le papier peint de la chambre, minuscule, qui donne sur des toits, minuscules, les traces, minuscules, de mes doigts sur les carreaux crasseux.

Car, ce samedi ne commencera jamais. L’hiver descendra à dix-huit heures depuis le sud, à la façon d’une auréole malade, éteinte et fiévreuse. Il fera froid. Je me couvre déjà les hanches et le bassin – ma pièce est une vasque où l’incendie s’éteint.

Babička m’offrait, il y a deux mois, sa « plus belle » cafetière de cuivre. Le café y est hideux : goût de terre huileuse. Je le bois comme ma langue lécherait les parois d’une cave maudite. Le dimanche, avec maman, nous étions obligées – la visite commençait, se terminait par ce café haï et que je vomissais.

Ce jour je dois : remplir un catalogue de notes assez précises, travailler Ludwig pour Miluše, écrire cette lettre repoussée quinze fois (pour Vladim).

Je ne veux ni m’habiller ni faire le lit.

Écouter les goutes qui frappent le parquet dans le coin nord de la chambre. La voisine qui frappera quelque chose toute la journée – elle se prénomme Kobylka  d’après la boîte aux lettres – comme elle l’a fait les trois derniers samedis.

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